Les ostéopathes doivent-il se placer sous les auspices d’Esculape ou de Mercure ?

20 août 2010 par pascal Laisser une réponse »

Les caducées de Mercure et Esculape

Une récente campagne de promotion lancée par une ostéopathe sur le web nous amène à réfléchir sur l’image que nous souhaitons donner à notre profession et de manière plus large, sur sa déontologie.


Cette consœur vient de proposer sur un site de vente promotionnelle de service, « une séance d’ostéopathie d’1h pour seulement 25 euros au lieu de 60, soit une remise exceptionnelle de 58% ». Cela n’a rien d’illégal en soi puisque la profession, lorsqu’elle est exercée par des personnes « non professionnels de santé », au sens du code de la santé publique, est une profession de service. Dès lors, les démarches commerciales sont possibles si elles ne s’avèrent pas être une pratiques anticoncurrentielle ou si elles ne relaient pas d’allégations sur les bénéfices escomptés.

Les tarifs des consultations d’ostéopathie étant libres et laissés à l’appréciation de chacun, cette promotion ne peut pas être considérée comme anticoncurrentielle. Il n’en est pas de même de la publicité qui accompagne la présentation des bénéfices supposés de l’ostéopathie. On constate en effet qu’il est vanté que si « vous peinez à trouver le sommeil ? Vos nerfs sont régulièrement colonisés par un zona ? Votre peau couverte d’eczéma  à chaque coup de fatigue ? Les doigts de fée d’Anaïs libèrent les influx nerveux agissant négativement dans votre corps. Après une séance, le résultat est immédiat et votre bien-être amélioré sur du long terme. » Quel ostéopathe honnête oserait soutenir avoir des résultats immédiats lorsque votre peau est couverte d’eczéma ? Sauf à considérer que l’ostéopathie ne prétend apporter de bénéfice que sur le bien être, comme cela est habilement associé dans la publicité. Le bien être est une notion subjective et par nature difficile à quantifier. Utiliser ce terme en fin de message permet surtout à la publicité de ne pas être considérée comme une allégation.

La frontière entre santé et bien être vient elle d’être érigée. Les ostéopathes seraient-ils tentés de quitter les auspices d’Esculape – dieu de la médecine – pour ceux de Mercure – dieu des commerçants mais aussi des voleurs. Les ostéopathes ajouteront-ils un serpent de plus à leur caducée ? Sans verser dans la grandiloquence, la mythologie devrait pourtant nous éclairer de sa sagesse.

Esculape qui avait reçu de Minerve le pouvoir de ressusciter les morts, s’attira les foudres de Jupiter.  Quelle différence y aurait-il entre les simples mortels et les Dieux ? A trop ressusciter les mortels, ils finiront par devenir l’égal des Dieux qui eux sont immortels.  C’est l’ordre cosmique qui serait bouleversé. Jupiter décida donc de supprimer Esculape au motif qu’il était vénal, car il se faisait payer des fortunes pour ranimer les morts.  Jupiter qui se devait toutefois d’être juste – Esculape n’a  cherché qu’à faire le bien aux humains – l’immortalisa en une constellation : le serpentaire.

Les ostéopathes s’attirent déjà les foudres de l’Académie nationale de médecine sans qu’il soit besoin de  prétendre soigner – parfois guérir – sans médicament, des maladies que la médecine orthodoxe elle-même a bien du mal à soulager. Afin d’éviter d’avoir à trancher ce débat, le Ministère de la santé a tout intérêt à cantonner l’ostéopathie dans le bien être, à laisser celle-ci se développer comme un service à la personne. Ainsi, en n’indiquant pas que les ostéopathes peuvent « ressusciter des morts » et en confiant leur exercice aux auspices de Mercure, le Ministre de la santé n’entre pas en guerre avec « Zeus ». Il ne remet pas en cause l’ « ordre cosmique », c’est à dire l’organisation de la santé. Il laisse le soin aux ostéopathes eux-mêmes de dégrader leur profession en misant sur les pratiques douteuses de certains et en limitant leur compétence par une piètre formation.

Les ostéopathes devraient s’inspirer de la mythologie. Sans aller jusqu’à pouvoir ressusciter les morts, l’Etat leur a donné un domaine de compétence extrêmement large en leur octroyant le droit de traiter les troubles fonctionnels. Qui ne présente pas un trouble fonctionnel ? Cela suscite immanquablement un mécontentement de la part de ceux qui jusqu’alors, étaient les seuls à pouvoir les prendre en charge. Cela suscite aussi l’envie de ceux qui sont déjà sous les bons auspices. Qu’est-il besoin de brader ses consultations ou de se positionner dans le bien être ! L’ostéopathie est et a toujours été une profession de santé. Plutôt que d’esquiver les difficultés, osons les affronter. Affichons nous comme des professionnels de santé et non comme des professionnels du bien être. Dotons nous d’une déontologie partagée et acceptée par un nombre suffisant d’ostéopathes exclusifs afin que celle-ci s’impose et évite les dérives qui ne vont cesser de se développer si nous ne faisons rien.

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7 commentaires

  1. MG dit :

    Manifestement, pour ces centres de bien-être, proposer des consultations avec un(e) ostéopathe semble être un véritable atout commercial permettant d’élargir leur offre de soins. Il n’est pas étonnant que de jeunes diplômés se laissent bercer par le chant de ces curieuses sirènes. Cette menace est neuve et inattendue. Aux écoles d’informer et d’expliquer pour préparer les nouveaux ostéos à répondre comme il se doit à cette tentation.

  2. Diboul dit :

    Nous devons bien entendu dénoncer ces méthodes plus que douteuses !
    Mais quand même…… ne croyez vous pas que la nature va faire son oeuvre ?, comment un praticien peut il s’épanouir dans son art avec une telle commercialisation de ses actes ?, comment tenir notre obligation de moyens à de tels tarifs ? tôt ou tard la supercherie sera démasquée.
    Osons tout de même dire que bien que de nombreux efforts restent à faire pour une parfaite reconnaissance de notre formidable métier l’oeil des patients ET de nos partenaires médicaux (si si je vous assure il y en a de plus en plus :-D ) s’est aiguisé…
    Et puis, comme le dit si bien cet artiste philosophe:
    « On peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personne une fois. Mais on ne peut pas tromper mille personnes, mille fois. »….. La cité de la peur…. bon ok je sors :-D !!!

    FR

  3. picokoa dit :

    Jolie citation de Diboul… et assez juste.
    Mais en attendant, c’est l’image que nous donnons en tant que profession qui se dégrade, et les patients ne sont pas armés pour faire la différence.
    Pas plus tard qu’avant-hier une patiente me confie être allée consulter un ostéopathe pris dans les pages jaunes lors de mes congés. Elle n’a pas été satisfaite, mais le souci n’est pas là, plutôt sur le fait que le gars « ostéopathe » dans les pages jaunes, arbore une plaque « étiopathie » à son cabinet. Interrogé par la patiente, il a éludé vaguement….

  4. Renaudeau Pierre dit :

    PIERRE RENAUDEAU Le 24 août 2010
    OSTEOPATHE D.O M.R.O.F

    Mesdames, Messieurs les Ostéopathes,

    Comme vous pourrez le constater sur deux documents joints, extraits du blog de Monsieur Pascal Javerliat, que je remercie pour ces informations, il y a

    LE FEU A LA MAISON DE L’OSTEOPATHIE.

    Et ceci à double titre.

    D’abord , une consœur propose l’heure d’Ostéopathie à 25 euros par le web. Nous voici devant ce que nous annonçait Melle Montmartin, très clairvoyante, voici quelques jours : La « Leclérisation » de notre Art, si je puis me permettre un petit néologisme. En effet, dans mon simple cas d’Ostéopathe de base, la moitié du prix de séance file dans le financement du cabinet.
    A 25 euros la séance, non seulement je ne pourrais plus dégager de bénéfice, mais il faudrait que j’injecte de l’argent personnel dans mon cabinet pour qu’il puisse rester ouvert. Qui peut vivre comme cela ? Quelqu’un qui a décidé de travailler à perte le temps d’amasser une clientèle (puisqu’il ne s’agit pas de soins) que l’on fera payer plus tard au prix fort. Nous sommes dans le mercantilisme, et ce n’est qu’un gentil début. Bientôt, vous verrez fleurir tout près de chez vous, de chez moi, des placards publicitaires pour de telles démarches, qui ne peuvent que nous discréditer…Certains termes employés sur le site de cette personne à 25 euros sont carrément équivoques(les « doigts de fée »…
    P 1/2
    Que pensez-vous qu’il se passerait si c’était un médecin qui se hasardait à une telle démarche ? L’interdiction d’exercer ne tarderait sans doute pas à tomber de par l’Ordre des Médecins.

    Que pouvons-nous faire ? Rien ! Si nous avions un Ordre, ce serait différent, mais ce travail n’est pas prêt ! Pour cela, il faudrait que les représentants des cinq syndicats s’associent à la démarche du Registre et aillent, ensemble, trouver le Pr Debré, ou le Ministère pour exiger, d’une seule voix, la création de cet Ordre, en lieu et place du haut conseil que prévoit le Pr Debré, structure qui sera le collier de la Profession par l’intermédiaire d’une personne nommée en conseil des ministres. Imaginez un instant que ce soit Roselyne Bachelot, pourquoi pas, car rien dans cette Loi ne prévoit qu’un Ostéopathe soit nommé à ce poste. Ce point de la Loi doit être combattu fermement et le travail de ce haut conseil revient à l’évidence à un Ordre, composé de membres élus issus des différentes formations syndicales et associations professionnelles de l’Ostéopathie. Des personnes de grande valeur existent dans chaque syndicat ainsi qu’au Registre, mais il faut un élan.

    Ceci est d’autant plus vrai et urgent que les dernières informations en provenance du Ministère laissent penser que le rapport de l’IGAS va nous être dissimulé, qu’ainsi le ministère va laisser s’embourber la problématique de l’enseignement, sans garde fous ni par rapport au nombre d’élèves national, ni sur la durée de formation. Peut-être faudra-t-il encore avoir recours au Conseil d’Etat, mais il y a une autre démarche qui peut infléchir le cours des choses, ce serait de regrouper les responsables de tous nos syndicats et d’aller, avec les représentants du R.O .F, qui travaille pour nous tous, rencontrer les responsables du Ministère pour mettre le poing sur la table, tous Ostéopathes Exclusifs présents, pour exiger l’avancée des travaux entrepris, et le cas échéant, la création d’un Ordre.

    Je pense sincèrement que c’est notre seule chance d’échapper au carcan du haut conseil avec ses deux médecins, sur cinq personnes, ce qui ne représente pas du tous les proportions de professionnels.

    Et je pense que nous avons maintenant très peu de temps.

    En tant qu’Ostéopathe de base, et sans aucun autre moyen que la plume, je ne peux que m’en remettre à vous et à votre clairvoyance et votre expérience de responsables syndicaux.

    Je vous remercie pour votre attention et vous prie d’accepter mes salutations les plus confraternelles.

    Cher Confrère(Pascal Javerliat),

    Je vous remercie pour vos informations et vous autorise à publier mon courrier en guise de réaction. C’était le but de ma démarche, essayer de faire réfléchir le plus grand nombre pour se bouger avant que nous ne tombions sous tutelle du haut conseil!…Je sais que beaucoup d’Ostéopathes ne croient pas aux dangers de la Loi Debré, mais en fait, sous la pression du lobby médical et kiné, personne ne peut garantir que cette loi ne survivra pas. Et , dans ce cas de figure, et c’est l’élément essentiel qui se cache derrière cette loi, l’Ordre des Ostéopathes sera enterré pour longtemps, piraté par le haut conseil, composé par des étrangers à la Profession. Un collier de plomb.

    Et le genre d’affaires comme le « 25 euros » est de nature à renforcer la détermination des ennemis de l’Ostéopathie,qui pourront ainsi dire: Vous voyez?…

    Amicalement.

    Pierre Renaudeau

  5. LE GUILLANTON JEROME dit :

    2000 nouveaux osteos par an, 46 écoles, une des densité d europe les plus forte….. ce n est que le début de l histoire, les nouveaux osteos vont brader leurs séances pour avoir du travail et survivre face à la concurrence …. l avantage d avoir été kine, c est qu’en cas de « faillite » on peut redevenir kiné……pour les ni ni c est emploi au mac do ou femme de ménage

  6. Barnabé Moulin dit :

    Quel bonheur, nous vivons une époque formidable… Celle où les « anciens » qui ont dépensé une énergie folle pour faire reconnaître notre profession au risque de procès et autres accusations est révolue… Aujourd’hui nous voyons fleurir de partout des cabinets d’ostéopathie, même à nos portes… Quel bonheur! Nous qui étions débordés, soucieux de répondre à la demande de nos patients, nous allons enfin pouvoir leur donner une réponse: « allez en face! ».
    Pour les stagiaires? Pas de problèmes, ils pourront même trouver sans soucis des lieux de stages chez nos chers voisins. Ce sont d’ailleurs pour ma part (les 3 qui se sont installés au plus près de mon cabinet), d’anciens stagiaires qui n’ont cette fois ci pas su retrouver le numéro de téléphone pour prévenir de cette nouvelle disponibilité…
    Je vous assure, le paradis c’est maintenant! Car demain, croyez moi ce sera véritablement l’enfer!

  7. krouri saliha dit :

    merci pour cet article pertinent et juste

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