ROF et SFDO, les « frères ennemis » du Paysage Ostéopathique Français

3 octobre 2010 par pascal Laisser une réponse »

Le registre des ostéopathes de France (ROF) et le syndicat français des ostéopathes (SFDO) vont proposer lors de leur assemblée générale respective, les 9 et 16 octobre prochains, « une résolution en faveur de la construction d’une plateforme commune entre le SFDO, le R.O.F. et le SNOF » (l’assemblée générale du SNOF s’est déroulée le 12 juin, avant semble-t-il que ce projet soit enclenché).

Les relations entre le ROF et le SFDO ont connu des fortunes diverses ces dernières années. Les présidents des deux associations socioprofessionnelles auraient-ils décidé de tirer un trait sur les querelles du passé ou la mésentente affichée jusqu’alors n’était elle qu’une posture pour démontrer une spécificité propre à chacun des deux groupements ?

Une différence est clairement affichée et revendiquée à travers les statuts des associations. Le ROF revendique une fonction ordinale et souhaite veiller « au maintien des principes de moralité, de probité, de compétence et de dévouement indispensables à l’exercice de l’ostéopathie et à l’observation, par tous ses membres, des devoirs professionnels ainsi que des règles édictées par son code de déontologie ». Le SFDO est un syndicat depuis 2008. Premier syndicat d’ostéopathes exclusifs, il assure « la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux de ses membres, ostéopathes, tant sur le plan individuel que collectif ».

Dans toutes les professions qui sont pourvues d’un ordre professionnel, il existe une opposition entre l’ordre et les syndicats. Si les syndicats ne remettent pas en cause la représentativité des ordres et leur mission,  ils critiquent souvent le caractère obligatoire de son inscription, donc l’officialisation d’un discours unique peu vecteur d’évolution. (voir ici )

Au delà des lieux communs utilisés pour justifier ces postures et dans un contexte où les syndicats (ou associations socioprofessionnelles) d’ostéopathes ne sont pas politisés, existe-t-il une différence – autre que la couleur du maillot– entre les supporters du ROF et du SFDO  et les objectifs recherchés par leur « équipe fanion » ?

Lorsqu’on étudie les annuaires 2010 respectifs du ROF et du SFDO, on constate que :

  • 188 adhérents du SFDO adhèrent également au ROF
  • 178 adhérents du SFDO ont adhéré précédemment au ROF et n’y adhèrent plus.
  • 53 adhérents du ROF ont adhéré précédemment au SFDO et n’y adhèrent plus.

Au total, ce sont plus de 400 personnes qui partagent ou ont partagé une vision et des objectifs communs.

Regardons les critères académiques et déontologiques d’adhésion. On constate que, mis à part des subtilités de langage, ils peinent à traduire une réelle différence :

  • ROF : « faire un usage professionnel exclusif du titre d’ostéopathe en France », « justifier d’une compétence propre à assurer la qualité des soins en ostéopathie (…) la formation pour acquérir cette compétence est au minimum de 4000 heures, dont 700 heures sont consacrées à l’application en stage clinique, (…) sanctionnée par un examen de compétence clinique de la pratique de l’ostéopathie et un mémoire réflexif», « s’engager sur l’honneur à respecter les statuts du R.O.F., le présent règlement intérieur et le Code de déontologie ».
  • SFDO : « disposer d’un numéro ADELI en tant qu’ostéopathe exclusivement », « justifier d’une formation en ostéopathie d’au moins 4200 heures pour les titulaires du seul diplôme d’ostéopathe, comprenant au moins 800 heures de stages et la rédaction d’un écrit réflexif en fin d’études. », « respecter les présents statuts, le règlement intérieur, le guide de principes déontologiques »

Peut être les objectifs recherchés sont ils clivants ?:

  • ROF : « représenter les ostéopathes (…) auprès des pouvoirs publics, de la justice, des administrations, des collectivités et de tout organisme ou personne publique ou privée et de nouer toute relation de coopération avec les registres étrangers ou organismes assimilés », « favoriser l’exercice professionnel de l’ostéopathie dans l’intérêt des patients. », « émettre des avis et des recommandations sur les questions ou projets concernant en particulier l’exercice de la profession », « contribuer à la promotion de la qualité des soins dispensés par ses membres et à l’amélioration de la gestion du système de santé. », « participer à l’élaboration, à la promotion et à la diffusion des règles de bonne pratique en ostéopathie auprès des professionnels, dans l’intérêt des patients », etc…
  • SFDO : « assurer le suivi législatif et réglementaire afférent à la profession d’ostéopathe, et le cas échéant prendre toute mesure de nature à en améliorer la réglementation », «  entretenir des rapports avec les pouvoirs publics ou les autorités compétentes et toutes collectivités administratives ou privées afin de représenter et défendre ses membres », « assurer et maintenir entre ses membres une étroite solidarité », «faciliter et mettre en œuvre l’accès à la formation professionnelle continue (…) », « assurer la défense de ses membres devant les tribunaux ou autre juridiction ».

Ou bien la déontologie ?:

  • ROF : voir ici
  • SFDO : voir ici

Il semblerait que les bureaux respectifs du ROF et du SFDO ont compris qu’ils ne pourraient tenir plus longtemps ces postures.  Leurs adhérents qui participent depuis de nombreuses années à « l’effort de guerre » s’aperçoivent peu à peu que c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Dès lors, ils cessent de cotiser simultanément aux deux associations quand ils ne décident pas de ne plus cotiser du tout. Ce dernier réflexe étant de plus en plus souvent constaté chez les nouveaux diplômés.

A n’en pas douter, ce projet d’union suscite un regain d’intérêt auprès des ostéopathes. Il suffit pour s’en convaincre d’entendre les conversations entre confrères ces dernières semaines. La seule crainte qui subsiste est que cela ne se fasse réellement et qu’on assiste une nième fois à un effet d’annonce.

Pour que cela ne soit pas le cas, aux assemblées générales de remplir leur rôle en adressant un message fort lors de leur vote. Aux bureaux du ROF et du SFDO d’apporter rapidement des garanties aux adhérents par leurs actions communes.

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9 commentaires

  1. Voici une analyse fine a laquelle j’adhère…
    J’ai quitté le SFDO pour des raisons financières car le cumul de participation à l’ensemble des associations commençait à peser sur la trésorerie … néanmoins j’ai toujours été solidaire de l’action du SFDO.
    Le ROF et le SFDO ont vocation a rester chacun dans son rôle et porter chacun dans ses prérogatives les valeurs nobles de notre profession.

  2. picokoa dit :

    « La seule crainte qui subsiste est que cela ne se fasse réellement et qu’on assiste une nième fois à un effet d’annonce. »
    C’est effectivement la crainte qui subsiste

    Et je plussoie la position de Manu, même si pour ma part j’ai continué à adhérer aux deux, justement car pour moi les deux rôles sont différents…et complémentaires.

  3. MG dit :

    L’une et l’autre ont en commun d’avoir fourni d’énormes efforts ces dernières années pour « assainir » leurs conditions d’adhésion. Sur ce point le but est (enfin) atteint. Voici deux associations d’exclusifs sans ambiguïté.
    Petit bémol, alors que le SFDO est bien un syndicat, le ROF n’est pas un ordre, même s’il aspire à l’être.

  4. francis dit :

    Le rof n’est pas et ne sera jamais un ordre tout simplement parce que l’ostéopathie n’est pas une profession mais un titre.
    Au lieu d’œuvrer dans ce sens la il devrait plutôt s’ouvrir aux autres courant notamment les médicaux et les paramédicaux pour s’unir et faire avancer l’ostéopathie parce que s’unir c’est accroire la force de notre dialogue .Pour les lecteurs de ce post je suis un ex kine ostéo exclusif

  5. paoletti serge dit :

    je pense que c’est un effet d’annonce de plus. Ayant assisté à moultes tentatives de rapprochements avortées je m’autorise à être helas pessimiste.
    je ne vois pas le sfdo disparaître au profit du rof et vice versa.
    quant à l’ufof comme d’habitude au dernier moment il feront capoter le projet.
    une plateforme commune pourquoi pas mais sur quelles bases si çela permet d’avoir une representation unique et forte vis à vis des pouvoirs publics pourquoi pas ; mais qui conduira les négociations, là le combat des chefs va reprendre, et les adherents de constater une fois de plus l’état lamentable et de déliquiescence du panel ostéopathique français et n’oubliez pas que la faute c’est toujours l’autre

  6. Thierry Cajgfinger dit :

    Personnellement, je reste persuadé que le courage de ces dirigeants seraient, après gestation, de dissoudre purement et simplement leur ASP respective afin d’en fondre une et une seule.
    Cela aura l’avantage de soumettre aux votes de l’ensemble des adhérents une nouvelle équipe, ainsi que l’obligation de trouver une route moyenne, fruits de cette pluralité, pourquoi pas également éviter le piège de l’égo des chefs, du moins pour l’instant….

  7. osteopathedomrof dit :

    une simple question : pourquoi une plateforme SANS l’ufof ni l’afo ?…
    On peut imaginer des débuts de réponses (notamment à la lecture de ton blog) mais qu’en est il en réalité ?
    L’ufof et l’afo ont ils refusé ou tout simplement ne leur a t’on pas proposé ?
    merci.

  8. pascal dit :

    Certainement que cela ne leur a pas été proposé parce qu’à l’AFO et à l’UFOF, il n’y a pas que des praticiens avec un ADELI 00. Partir avec l’AFO et l’UFOF actuels, ce serait refaire la même chose qu’avec la coordination nationale des ostéopathes, c’est à dire une auberge espagnole.

  9. Bruno Vinatier dit :

    De toute façon,il est grand temps que les adhérents prennent leur destin en main.
    Si les adhérents de l’UFOF veulent faire évoluer leur situation ils peuvent modifier le fonctionnement de leur ASP,ou la quitter s’ils jugent qu’elle ne correspond pas à leurs attentes d’exclusif.
    Pour ma part j’ai longtemps cotisé au SFDO et au Rof conjointement,certaines décisions du Rof ne m’ayant pas convenu je l’ ai quitté ,mais l’idée de cette plateforme me parait partir d’un bon sentiment; puissent les chefs nous éviter leurs querelles…..pour se montrer unis face aux politiques.
    Si tant est que l’on puisse encore attendre quelque chose des politiques,nous concernant !!!

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