L’invitée du blog : Marianne Montmartin

6 janvier 2011 par pascal Laisser une réponse »

Marianne Montmartin est ostéopathe.

Elle a été de 2003 à 2010 conseillère nationale du registre des ostéopathes de France et  présidente de 2009 à 2010.

Elle nous livre son point de vue de la situation actuelle du paysage ostéopathique

L’équilibre des structures


Nous savons tous que n’importe quelle forme d’équilibre est un mécanisme fragile. Depuis des années nos structures socio professionnelles se contentaient de cet équilibre entre elles, parfois vacillant mais finalement permettant à chacun de cohabiter. On était en présence de plusieurs associations, chacune ayant des missions bien spécifiques lui permettant de se différencier et justifier de son existence. Toutefois, le message est loin d’être aussi clair pour l’ostéopathe qui bien souvent, ne sait pas si il doit adhérer à telle ou telle structure et si oui, pourquoi et vers quel organisme il devrait se diriger. De cet équilibre maintenu pendant 30 ans, on assiste petit à petit, depuis quelques mois, à l’effondrement de l’édifice. Après une réunion qui aurait du être historique en décembre 2010, nous avons d’un côté plusieurs associations qui s’engagent, à travers une plateforme d’action concertées, à défendre l’exercice exclusif de l’ostéopathie ; et de l’autre, une association isolée par les autres, qui créée une fédération dont le dispositif est très complexe.

En effet, le projet qui avait été initié durant l’été 2010 entre le ROF et le SFDO avait pour objectif premier de créer et de fédérer les ostéopathes qui exercent exclusivement l’ostéopathie ; de rassembler les professionnels ayant en commun ce mode d’exercice. D’après ce que je pouvais entendre et ce que je peux également lire aujourd’hui, c’est ce que les professionnels réclament. Bien qu’ayant apporté des contributions pour le projet de la Fédération Française des Ostéopathes ; tel qu’il est organisé aujourd’hui, il ne correspond plus aux objectifs que je portais pour la profession en la dotant d’une représentation unique via cette structure. La défense de l’intérêt de la profession en regroupant tous les professionnels exerçant sous le même mode, me paraît incompatible avec le regroupement d’intérêts privés et/ou autres.

A moins que l’objectif non avoué ou non assumé soit de créer une structure de plus, fantoche, permettant à chacun de garder son fauteuil bien confortable. Il me semble indispensable et urgent d’avoir un organisme unique ayant suffisamment de poids en termes de nombre d’adhérents, identifiable comme la structure représentant les ostéopathes exclusifs.

Le problème de notre profession à l’heure actuelle, et très certainement la cause du manque de portée de nos actions, est que nos ne sommes pas identifiables. Nous, les ostéopathes exclusifs, qui sommes bien les détenteurs de cette pratique que certains essayent de s’approprier. C’est le monde à l’envers ! Nous ne sommes pas identifiables car désunis. Chaque association n’étant finalement qu’une contrefaçon d’une autre. Il est plus que temps de s’unir et de s’unir pour des bonnes raisons.

J’ai pour ma part été formée par des personnes que je qualifierais de phare dans notre profession. Des personnes qui n’ont pas hésité à partir à l’étranger se former et bien souvent revenir pour abandonner leur activité antérieure pour se consacrer alors uniquement à l’ostéopathie et pour certains à transmettre. J’ai eu la chance de ne pas avoir à faire trop de sacrifices, grâce à eux, mais je suis tout de même partie à l’étranger. De nos jours, il y a plus que suffisamment d’établissements de formation pour que de bons ostéopathes soient formés en France. Les premiers ostéopathes français peuvent être fiers de l’exemple qu’ils ont su  donner et de l’envie que cela a pu susciter.

Je me situe dans ce que j’appellerais une génération intermédiaire, celle qui est encore très liée avec l’histoire de notre profession. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui ont affronté les procès et qui se sont battus pour la reconnaissance du titre d’ostéopathe. Les jeunes et futurs professionnels font face à d’autres enjeux. Le glissement de notre profession vers une profession de bien être et non une profession de Santé telle que nous la pratiquons tous, avec toutes les dérives qui peuvent s’y associer. Encore une fois nous faisons face à un risque identitaire. Dans la mesure où il me reste encore pas mal d’années à exercer, je me sens également menacée par ce risque.

Mon rôle de présidente du ROF, je l’avais alors abordé en tant que courroie de transmission entre ces deux générations de professionnels. Il fallait préparer le terrain pour que de jeunes professionnels puissent y faire pousser leurs idées. L’union, où toute forme de rapprochement des associations devenait alors un outil formidable, d’autant plus que beaucoup de conditions propices à cela étaient réunies. Il y avait des enjeux à court terme comme la publication des décrets de la loi de Juillet 2009, des enjeux à moyens termes comme les futures élections présidentielles et à plus long terme sur le lobbying concernant notre intégration au système de Santé. Alors oui, au mois de juillet j’ai pris la décision d’engager le ROF dans ce processus en signant un accord préalable avec le SFDO (qui serait ensuite proposé au SNOF) pour créer une union des organisations socioprofessionnelles. Cet accord étant valable qu’une fois ratifié par les Assemblées Générales. J’assume.

Ce que certains ont qualifié d’immaturité politique, et cela était bien facile, je leur réponds aujourd’hui qu’il s’agissait d’un vrai engagement à faire évoluer enfin notre profession vers ce que les adhérents et les ostéopathes demandent depuis très longtemps. C’est la première fois que deux présidents avaient eu le courage de le faire. Ensuite on a pu entendre également qu’il s’agissait d’une erreur stratégique que de ne pas avoir convié toutes les associations. Quand on prépare une action, on doit compter ses troupes. Certains savent de quoi je veux parler. Il est alors nécessaire de savoir qui est dans son camp.

J’entendais encore récemment un homme politique de gauche dire qu’en préparation des futures élections présidentielles, ils allaient tout d’abord rassembler les socialistes. Puis ouvrir vers le reste de la gauche. Pourquoi devrions nous fonctionner autrement ? Il fallait tout d’abord rassembler les exclusifs, ensuite on aurait pu ouvrir aux autres. Ca aussi, je l’assume. L’union, aujourd’hui n’est plus un outil mais un objectif pour nous jeter de la poudre aux yeux. On ne peut que s’étonner de voir des associations clamant haut et fort l’exclusivité de leurs membres signer un communiqué engageant chaque association signataire à la promotion de l’ostéopathie exclusive aux côtés d’autres associations qui n’ont pas dans leurs rangs  que des exclusifs. Quelles sont les motivations exactes de ces associations ? Ont-elles pris des engagements envers les autres pour tendre vers l’exclusivité en changeant leur mode de recrutement par exemple ? Voilà pourquoi nous ne sommes pas identifiables. Il y a de la place pour tout le monde mais il est temps de faire des choix et que chacun choisissent son identité ou celle qu’il veut défendre.

C’est ce que semble en ce moment perdre de vue les dirigeants de ces structures. Pourtant, contrairement à ce qu’ils pourraient penser, qui maintient cet équilibre entre ces structures ? Ce sont bien leurs adhérents et non pas eux. Le pouvoir c’est nous qui l’avons avec notre bulletin de vote et notre chèque de cotisation. Alors que tous essayent de nous convaincre via divers communiqués (communiqués qui mettent les adhérents devant le fait accompli sans demander l’aval des assemblées générales) du bien fondé pour l’intérêt collectif de leur projet, pendant ce temps là du côté du gouvernement on doit bien rigoler… Les Masseurs-kinésithérapeutes ont déjà commencé à s’organiser et comme je l’avais prévu, ils mettent déjà en avant leur statut de professionnel de santé comme valeur ajoutée.

Les exclusifs ont-ils commencé leur lobbying auprès du gouvernement récemment remanié ? Quelles seront ces actions concertées ? La prochaine réunion prévue le 19 février, soit 2 mois après la première, fait état du dynamisme et de la volonté d’agir de la plateforme.  C’est donc si confortable de croire que ça va marcher ? Est-ce que finalement nous ne sommes pas au bout du bout ? Est-ce que nous n’aurions pas atteint nos limites de fonctionnement ?  Les conditions ne seraient-elles pas réunies pour que nous ayons le courage de tout remettre à plat ?

C’est ce que j’avais essayé d’initier afin de transmettre une structure dynamique aux professionnels de demain. Cette forme de progressisme m’aura sans doute en partie couté la présidence. Mais peu importe, je pense que c’est reculer pour mieux sauter, car c’est inévitable, il y aura un mai 68 chez les ostéopathes. En attendant, ce conservatisme risque de nous coûter notre identité d’ostéopathes exclusifs et ça c’est bien plus grave. C’est grave pour les étudiants en cours de formation et non pas pour ceux qui dirigent nos associations à l’heure actuelle. En fin de carrière, que reste-t-il vraiment à protéger ? L’intérêt de la profession et des patients n’est-il pas au-dessus de tout ?

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11 commentaires

  1. Bonjour Marianne et Pascal,

    Tous mes voeux pour cette année 2011.
    Je suis malheureusement d’accord avec Marianne sur l’évolution de la profession et suis le premier à m’offusquer du comportement du CN du ROF (et j’ai d’ailleurs fait entendre mon mécontentement lors de l’AG même si cela n’a eu aucun effet!).
    Je regrette que tu ne sois plus présidente et ne voit pas comment les choses pourrait évoluer positivement dans l’état actuel.
    J’espère quand même que 2011 apportera des nouveautés mais lesquelles et surtout de la part de qui ?? .

    Confraternellement,

    Maximilien Depetris

  2. PETIT Matthieu dit :

    Je rajouterai que les étudiants et jeunes professionnels ont, pour certains, comme enjeux de… manger (?!?)…

    Et il est d’autant plus urgent, et exaspérant, de voire les associations (ou organisations, ou syndicats, ou … comme on voudra les appeler) se tourner autour en se reniflant le cu… l’arrière train (oups, excusez moi cet écart de langage) sans savoir si cela va conduire à une union ou une belle baston. (J’espère ne choquer personne avec la comparaison aux chiens, ce n’est que pour l’image!). Pendant que d’autres se « bagarrent » pour survivre face à une augmentation exponentielle des cabinets…

  3. Salut Marianne, Pascal,

    J’observe avec recul la situation Française et cette distance me permet de me rendre compte d’une chose…enfin deux, voir même trois…
    La première c’est que l’enseignement n’est pas régulé par numerus closus, de ce fait la France crée plus d’ostéopathes qu’elle n’en consomme dans un climat éthique délétère, plus de concurrence professionnelle pour survivre… Au profit de qui? pas des étudiants, des enseignants, des patients ou même des professionnels… Mais bien au profit de quelques ronds de cuirs qui à titre privé s’enrichissent sur la vague ostéopathique et sur le dos du « peuple étudiant »… Le second et non le moindre, la notion d’élitisme est bonne une fois le groupe fédéré. Pour se faire il faut savoir trouver un compromis entre les différents courants, écoles, mode de formation et « Background » des différentes personnes se définissant comme ostéopathe… Il faut donc rassembler avant d’épurer… et non épurer avant de rassembler les rescapés…Cela sous entend mettre de l’eau dans son vin parfois surtout avec certains charlatans « ostéopathes » dans une limite définie elle, par la sécurité de prise en charge des patients et non de la vision monothéiste de tel ou tel chef du moment…
    Le troisième et dernier point pour ce jour : l’intérêt personnel prime au dépend de l’intérêt général, c’est la croix des ostéopathes… Un égaux surdimensionné avec une petite perspective… C’est bien souvent ce qui fait de nous (pour reprendre l’image de notre confrère ci-dessus) une meute de chien n’ayant pas peur de se jeter à la carotide les uns des autres par intérêt personnel uniquement… Quant à l’intérêt de notre profession, de nos patients et de l’ensemble « who cares »

    Mon conseil, si je puis me permettre, regardez parfois les pays qui vous entourent et même les petits car le nombrilisme à la Française n’a plus vraiment raison d’être, pas plus en ostéopathie que dans d’autres domaines de nos jours…

    Salutations confraternelles, mes meilleurs voeux à vous deux et bonne chance pour le futur…

    PS : Pascal, chouette blog et site… Beau travail.

    Amitiés

    M. Paturel

  4. IDEE Gwenaelle dit :

    Bonjour à tous,
    pour avoir essayé d’orienter la discussion sur l’éventualité d’un regroupement des ostéopathes exclusifs ( lors des assises de l’ostéopathie région normandie du ROF), je peux vous témoigner des réticences de certains d’entre nous à devoir cohabiter avec des ostéopathes exclusifs émanant d’autres associations professionnelles.
    Cependant certains confrères belges présents ce jour là, nous ont expliqué avoir réussi là où pour le moment nous français sommes incapables de nous regrouper.
    Merci à Marianne Montmartin d’avoir tenté quelque chose en ce sens.
    j’espère que 2011 verra des avancées vers l’unité de l’ostéopathie exclusive.
    confraternellement.
    IDEE Gwenaelle.

  5. Francès Jean-Hervé dit :

    Très heureux d’entendre ta voix Marianne, laquelle avec le recul sonne très juste et remet un peu d’ordre et de sens dans la chronologie des événements.
    Et comme disait cet auteur dont je ne me rappelle plus le nom : « on est pas pressés mais il n’y a pas de temps à perdre… »
    Meilleurs voeux à toi

    Bien confraternellement

    J-H Francès

  6. Mathieu Desormières dit :

    J’apprécie, comme mes collègues, la justesse de tes propos.
    Bon courage pour cette année « charnière ».

  7. Thierry Cajgfinger dit :

    Puisque le projet du SFDO a fonctionné dans son principe en parvenant, malheureusement ou heureusement, à fédérer les présidents des ASP au sein d’une plateforme, que tout le monde semble d’accord sur la nécessité de se regrouper pour ne parler que d’une seule voix, la solution ne réside t’elle pas tout d’abord dans ce qui est, la plateforme, pour faire évoluer les choses vers une fédération , une confédération ou je ne sais quoi d’unitaire ?

    Pour ce qui est du ROF, sa situation est un peu à part, car pour moi se voulant future institution ordinale, par là même il signifierait sa disparition de principe !

  8. Thierry Cajgfinger dit :

    Je ne parlai pas de souhaiter la fin du ROF, cela n’a pas d’intérêt, mais par principe si celui-ci souhaite être l’entité ordinale, il signera par là sa fin….

    En effet, un Ordre s’adresserait obligatoirement à tous les ostéopathes exclusifs ou identifiés comme tels quelqu’ils soient, issus de toutes les ASP (ou OSP) représentatives, soit dit en passant et sauf erreur ce que le ROF n’est pas à ce jour, tout comme la CNO je crois (?)

    Celles-ci émettraient alors un ou des candidats, soumis à chaque professionnel qui élira par là ses premiers délégués départementaux….

    Le président du futur Ordre sera alors élu par tous et surtout quitterait toute autre fonction….

    Ainsi le ROF ordinal ne serait plus, pour laisser sa place à un Ordre des Ostéopathes constitué, au départ, d’élus par la base……
    Mais nous n’en sommes pas là….et c’est un peu mettre la charrue avant les boeufs.

    Commençons par écrire un socle commun et le rendre opposable aux tiers.

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