L’invité du blog: Yves Tricot

18 janvier 2011 par pascal Laisser une réponse »

Yves Tricot est ostéopathe à Auxerre depuis 1992. Il a été Conseiller national du Registre des Ostéopathes de France de 2006 à 2010. Il a démissionné de ses fonctions en janvier.


A l’issu du mandat de 4 ans que j’ai exercé au conseil national du ROF, je propose de faire le point sur mon expérience que ce poste d’élu de grande association d’ostéopathie m’a permis de vivre . Quel bilan puis-je tirer des 67 journées de réunions extérieures auxquelles j’ai participé durant ces années ?

Deux grands secteurs ont fait l’objet de ces  journées de travail :

  • Tout d’abord celui du monde mutualiste par la constitution en 2005 d’un Conseil Scientifique alliant : l’Union du Groupe Initiative Mutuelles (UGIM ) ,un groupe de recherche (MACMUT- Open Rome) et 3 organisations d’ostéopathes( UFOF ,  SFDO et  ROF). Le but premier est de proposer une charte déontologique liant les trois acteurs concernés par l’exercice de l’ostéopathie : l’ostéopathe, la mutuelle et le patient-mutualiste. Dans un deuxième temps les ostéopathes membres hautement qualifiés de ces associations devaient s’engager dans un protocole scientifique permettant de faire bénéficier à leur patient d’une participation supplémentaire significative aux soins d’ostéopathie et ceci dans le but de démarquer les ostéopathes de ce réseau d’excellence des ostéopathes formés au minima des décrets. Au terme de 5 ans de travaux de ce conseil scientifique, ces objectifs ont-il été atteints? Malheureusement non ! Ceci pour la raison principale que le partage du titre d’ostéopathe avec les professionnels de santé a considérablement dérouté les responsables des mutuelles dans le dénombrement des praticiens et surtout dans l’évaluation de leurs qualifications respectives. A ce jour, ni la Charte déontologique, ni le réseau d’excellence ne sont activés. Il n’en sera pas autrement tant que les ostéopathes codés double zéro à l’ ADELI ne pourront pas intégrer le code de la santé publique dans une partie appropriée. C’est le projet politique que Marianne Montmartin a exposé dans son manifeste au printemps dernier.
  • Puis le secteur des référentiels : lors de la fameuse réunion paritaire organisée par l’AFNOR le 1er mars 2010, la présentation du référentiel métier (RMO) complété du référentiel activité et compétence pour lesquels 7 partenaires historiques ont œuvré pendant 3 ans, s’est soldée par un échec. Ce RMO, accueilli froidement par les Ordres et Syndicats des professionnels de santé (médecins et  Kiné) et le ministère de la santé,  a été littéralement pilonné par des organisations socioprofessionnelles d’ostéopathes « amies ». Quelle aubaine pour les pouvoirs publics !

Souhaitons que le Référentiel Formation (RFO) initié en 2009 par le SNESO avec l’ensemble des partenaires puisse aboutir ! Je m’interroge sur les réelles chances de ce RFO lorsque, d’une part en mai dernier, une organisation est expulsée du groupe de travail, pour la simple raison que ce syndicat annonçait la présentation au ministère de son propre référentiel métier élaboré secrètement et d’autre part, lorsque le président actuel du ROF signe le 9 novembre dernier un communiqué excluant le SFDO dans lequel 3 organisations d’ostéopathes s’engagent à demander au ministère de la santé l’élaboration d’un autre référentiel formation. Tout ceci n’est vraiment pas sérieux. Certains ont parlé de mascarade !

L’élection par le Conseil national du ROF de Guy Villemain au poste de Président, juste après que l’assemblée générale ait approuvé le rapport moral de la présidente, a cassé l’élan que Marianne Montmartin impulsait avec sa vision progressiste qui rassemble encore aujourd’hui un très grand nombre d’ostéopathes et pas uniquement les jeunes. Pourtant Marianne Montmartin et Philippe Sterlingot avaient recueilli l’aval de leurs adhérents pour un rapprochement ROF – SFDO permettant de présenter un front de plus de 2500 ostéopathes réunis autour d’une déontologie que je qualifierais de pyramidale. Cette identité déontologique remarquable pouvait constituer un véritable phare dans le paysage ostéopathique français. Le président actuel du ROF propose, dans un discours conservateur et lénifiant, de repartir à la conquête d’une déontologie transversale. Comment peut-on rassembler sous une même bannière des adhérents d’associations dont un nombre non négligeable n’exercent pas le même métier ? A terme, seule une instance déontologique officielle à appartenance obligatoire pourra parvenir à rassembler les professionnels clairement identifiés et enregistrés.Que d’énergie dépensée par tous les acteurs de l’ostéopathie pour un résultat qui parvient tout juste à maintenir en survie la pratique exclusive de l’ostéopathie.

Oui, je crois que nous sommes réellement  parvenus aux confins d’un processus. La fameuse croisée des chemins. Cette étape s’explique simplement par le fait qu’une loi et son application actent un fait sociétal déjà existant. Ce ne sont ni les conditions d’apprentissage de l’ostéopathie, ni l’existence des associations professionnelles de l’époque qui constituent ce fait sociétal mais véritablement  notre pratique massive en cabinet. Le  moteur de cette réglementation et de la reconnaissance qui en découle est bien celui de nos actes professionnels. Les millions de consultations d’ostéopathie dispensés aux millions de citoyens constituent le socle de notre lutte. Les instances socioprofessionnelles ne sont que des courroies de transmissions. Les exemples historiques de création d’une profession montrent que ces instances, simples représentants des professionnels dans le débat démocratique, n’y  survivent pas en l’état.

Aujourd’hui le ROF est malmené. Alors qu’à l’automne 2010, les volumes d’adhérents du ROF et du SFDO s’équilibraient, beaucoup s’accorde à penser qu’à la fin 2011, le SFDO pèsera deux fois plus lourd (au mieux 800 à comparer à1500 au moins). Mais attention, les organisations portées aujourd’hui par le vent, peuvent craindre de le voir tomber demain, si elles ne répondent pas aux attentes de leurs bases. La rupture au sein du ROF est le reflet d’un malaise général chez les professionnels. Une grande majorité des ostéopathes, ne se sentant plus entendue, déserte les organisations ou s’en détourne. Le fossé se creuse entre nos dirigeants et les « ostéopathes de la rue ». La plupart ne supportent plus les luttes intestines animées par l’égo des responsables des différentes organisations! Alors Messieurs, cessez vos effets d’annonce ! Les plus jeunes qui ne connaissent pas les méandres historiques de l’apparition de l’ostéopathie en France ne peuvent se  reconnaître  dans les instances qui leurs sont proposées. Et c’est normal ! Ces milliers d’ostéopathes sont pourtant l’avenir de notre profession et je comprends parfaitement l’inquiétude des étudiants. Les étudiants sont les futurs professionnels, les dirigeants d’organisations sont d’abord des professionnels, les enseignants et les directeurs d’établissements sont encore des professionnels (un seul contre exemple), les ostéopathes uniquement praticiens seront toujours des professionnels.

Une UNION d’une immense partie de ces professionnels ne me parait pas utopique. Dans cet esprit, seul le SFDO a fait une proposition (à mon grand regret sans le ROF): celle d’une fédération. L’ensemble des professionnels a besoin d’un espace pour débattre de ce type de proposition. C’est pourquoi je lance un appel à nos dirigeants, pour qu’ils replacent les professionnels au CENTRE. Qu’ils leurs donnent la parole lors d’Etats Généraux de l’Ostéopathie. Je souhaite ardemment qu’un tel  événement soit à l’origine d’une structure unique regroupant les ostéopathes à exercice exclusif.

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9 commentaires

  1. Luc thoby D.O.mrof n° 393 dit :

    Oui à cette excellente idée d’Etats Généraux de l’Ostéopathie le plus rapidement possible avec tous les professionnels voulant promouvoir l’ostéopathie à exercice unique ( dite ostéopathie exclusive ).

    Les absents à ce Grenelle auront tort.

    Confraternellement.

  2. Bruno Vinatier dit :

    Ah!! ce n’était pas le 18 décembre les états généraux de l’ostéopathie…de l’ostéopathie exclusive bien sur.
    La réunion des géants auraient elle accouché d’une souris,oh ben ça alors…
    On est en pleine « comedia del arte »(ceci dit comme prévu).
    Trêve de plaisanterie,bien que les circonstances ne prêtent pas à rire mais plutôt à pleurer,tous les acteurs actifs de ce blogs plébiscitent une union sacrée; qu’attendons nous ???
    Le cadre de cette union existe, il s’appelle la FFO; y plus qu’à ….à moins bien sur que l’on nous propose mieux mais hors des « sketches » déjà connus qui nous mènent au néant.
    Meilleurs vœux à tous.

  3. Christophe Munck D.O.mrof dit :

    Merci Yves, pour la justesse de tes propos.

    L’organisation et le mode de fonctionnement actuel de notre profession sont aujourd’hui dépassés, surannés et tombés en désuétude !
    L’attitude benoîte de nos ASP n’est plus porteuse !
    Les nombreuses manifestations, « virulentes et dérangeantes », émises par des professionnels en souffrance, sont des signes forts, annonciateurs d’une époque novatrice !
    Le glas a sonné et les prémices d’une ère nouvelle pointent !
    Il est temps de tourner la page et d’ouvrir la porte de notre lendemain, de revoir la copie et de fonder cette « Union des Ostéopathes Exclusifs » que tout le monde attend et espère afin que le paysage de la « Santé Française » sache enfin, une fois pour toute, que nous existons, et représentons une force indubitable, incontournable, inébranlable, envers et contre tous !
    Que les ostéopathes sans attache, révoltés par le comportement des ASP, attachés à leur idéal puissent parler d’une seule voix !
    Que nos jeunes aient un avenir !
    Que L’ostéopathie appartienne aux ostéopathes!
    Christophe

  4. sebastien Demarcq dit :

    mes chers confreres.
    en me faisant l’avocat du diable.
    pourquoi faire une nouvelle organisation d’union pour un élaborer un code de déontologie que rien ni personne ne pourra faire respecter. parce qu’à ma connaissance il n’y a nulle obligation d’adhérer à une ASP. il n’y a qu’à voir les nouveaux DNO qui pratiquent la pub sauvage et le dénigrement des confrères

    un ordre? l’ufof et le sfdo sont contre
    Alors ???????
    j’aimerai votre avis

  5. Thierry Cajgfinger dit :

    Le principe de l’adhésion unique à la charte déontologique de la F.F.O est un lien contractuel.
    De fait, on peut, et certains me contrediront si j’ai mal compris, accepter soit uniquement celle-ci ou soit le pack complet F.F.O.

    La démarche est certes volontaire, mais peut dépasser les marges d’une ASP (ou OSP) classique.
    C’est ainsi un moyen d’amener un plus grand nombre à respecter cette définition de pratique sans existence d’un Ordre.

    • Grégory Landurier dit :

      C’est pas tout à fait ça Thierry.

      Tu peux devenir adhérent de l’UDO qui te permet d’être représenté au sein de la FFO au même titre que n’importe quelle association qui en ferait partie. En adhérent à l’UDO tu acceptes donc le code de déontologie une fois celui-ci rédigé.
      Tu pourras bien sûr, sans être adhérent à l’UDO, te conformer à ce code de déontologie, mais le but est bien de regrouper un maximum d’ostéopathe au sein de cette fédération qu’ils aient ou pas une bannière syndicale. Plus la FFO comptera d’adhérent plus notre profession se créera une identité… Elle en a besoin et nous en avons besoin!

  6. Thierry Cajgfinger dit :

    Merci Greg

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