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La belle image !

10 novembre 2010

Deux actualités du monde ostéopathique, a priori sans rapport, nous amènent cependant à réfléchir sur l’avenir de notre profession.

La première est le décès de notre confrère Bernard Le Balch. Je n’ai pas eu la chance de le connaître mais ses amis, nombreux au demeurant, l’ont tous décrit comme un ostéopathe qui n’a jamais accepté de transiger lorsqu’il s’agissait de défendre les principes de l’ostéopathie. Comme de nombreux confrères de cette génération, il a dû à la fois promouvoir notre art auprès du public, l’enseigner aux plus jeunes ; deux sources potentielles de conflit avec les autorités de tutelles ou les sociétés savantes.

La seconde est la communication du ATMAN training center, qui propose aux ostéopathes, de découvrir, au sein du centre d’ostéopathie ATMAN « les nouvelles techniques anti-aging » ou « des appareils de champs magnétiques et ultrasons ». Bien que cette « société à responsabilité limitée de formation continue d’adultes » soit juridiquement indépendante de l’établissement de formation initiale à l’ostéopathie ATMAN, on peut s’étonner de cette proposition de rencontrer des « conseillers en diversification » pour améliorer notre compétence en ostéopathie.

Quelle image auprès du public cela peut-il donner ? Comment les étudiants d’ATMAN vont-ils interpréter cette démarche sachant que le décret relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie stipule que « les praticiens justifiant d’un titre d’ostéopathe sont autorisés à pratiquer des manipulations (…) exclusivement manuelles ». (voir ici ) On savait depuis quelques mois, que cet établissement voulait redéfinir l’ostéopathie puisque sur son site internet, on peut entendre l’interview de son directeur dans laquelle il dit : « nous, ce qu’on cherche, c’est enlever l’image du mot ostéopathie. Parce que, quand on dit ostéopathie, on pense à l’os et on pense au cracking mais c’est finit ça ». ( voir ici )

Dans un contexte difficile pour les ostéopathes uniquement titulaires du titre d’ostéopathe, afficher une telle image de la profession est tendre le bâton pour se faire battre. Quelle crédibilité auront nos représentants lorsqu’il s’agira de déterminer le contenu de la formation conforme aux nouvelles dispositions de la loi de juillet 2009 (volume horaire porté à 3520 heures minimum) Voir ici . Nous attendons une mise au point sans ambiguïté du réseau national de l’enseignement supérieur en ostéopathie dont ATMAN est signataire de la convention qui lie ces établissements. voir ici

Il est significatif de constater que certains aimeraient que notre profession verse dans le bien être plutôt que de s’ancrer définitivement dans le champ de la santé. Les contraintes seraient moindres et les bénéfices plus grands. Nos prédécesseurs ont toujours voulu inscrire l’ostéopathie dans le champ de la médecine (voir article  en pièce jointe sur la photo duquel vous apercevrez la barbe blanche de B. Le Balch Nice matin octobre 75). La Présidente du ROF, Marianne Montmartin nous avait pourtant mis en garde au mois de juillet. voir ici. Cela explique en partie son éviction de la présidence du ROF car elle non plus, à l’instar des ostéopathes de ces années là,  ne transige pas sur les principes de l’ostéopathie.

Faudra-t-il se résoudre à voir les adeptes du bien être et des techniques ostéopathiques douces devenir majoritaires en France ?

Les ostéopathes doivent-il se placer sous les auspices d’Esculape ou de Mercure ?

20 août 2010

Les caducées de Mercure et Esculape

Une récente campagne de promotion lancée par une ostéopathe sur le web nous amène à réfléchir sur l’image que nous souhaitons donner à notre profession et de manière plus large, sur sa déontologie.


Cette consœur vient de proposer sur un site de vente promotionnelle de service, « une séance d’ostéopathie d’1h pour seulement 25 euros au lieu de 60, soit une remise exceptionnelle de 58% ». Cela n’a rien d’illégal en soi puisque la profession, lorsqu’elle est exercée par des personnes « non professionnels de santé », au sens du code de la santé publique, est une profession de service. Dès lors, les démarches commerciales sont possibles si elles ne s’avèrent pas être une pratiques anticoncurrentielle ou si elles ne relaient pas d’allégations sur les bénéfices escomptés.

Les tarifs des consultations d’ostéopathie étant libres et laissés à l’appréciation de chacun, cette promotion ne peut pas être considérée comme anticoncurrentielle. Il n’en est pas de même de la publicité qui accompagne la présentation des bénéfices supposés de l’ostéopathie. On constate en effet qu’il est vanté que si « vous peinez à trouver le sommeil ? Vos nerfs sont régulièrement colonisés par un zona ? Votre peau couverte d’eczéma  à chaque coup de fatigue ? Les doigts de fée d’Anaïs libèrent les influx nerveux agissant négativement dans votre corps. Après une séance, le résultat est immédiat et votre bien-être amélioré sur du long terme. » Quel ostéopathe honnête oserait soutenir avoir des résultats immédiats lorsque votre peau est couverte d’eczéma ? Sauf à considérer que l’ostéopathie ne prétend apporter de bénéfice que sur le bien être, comme cela est habilement associé dans la publicité. Le bien être est une notion subjective et par nature difficile à quantifier. Utiliser ce terme en fin de message permet surtout à la publicité de ne pas être considérée comme une allégation.

La frontière entre santé et bien être vient elle d’être érigée. Les ostéopathes seraient-ils tentés de quitter les auspices d’Esculape – dieu de la médecine – pour ceux de Mercure – dieu des commerçants mais aussi des voleurs. Les ostéopathes ajouteront-ils un serpent de plus à leur caducée ? Sans verser dans la grandiloquence, la mythologie devrait pourtant nous éclairer de sa sagesse.

Esculape qui avait reçu de Minerve le pouvoir de ressusciter les morts, s’attira les foudres de Jupiter.  Quelle différence y aurait-il entre les simples mortels et les Dieux ? A trop ressusciter les mortels, ils finiront par devenir l’égal des Dieux qui eux sont immortels.  C’est l’ordre cosmique qui serait bouleversé. Jupiter décida donc de supprimer Esculape au motif qu’il était vénal, car il se faisait payer des fortunes pour ranimer les morts.  Jupiter qui se devait toutefois d’être juste – Esculape n’a  cherché qu’à faire le bien aux humains – l’immortalisa en une constellation : le serpentaire.

Les ostéopathes s’attirent déjà les foudres de l’Académie nationale de médecine sans qu’il soit besoin de  prétendre soigner – parfois guérir – sans médicament, des maladies que la médecine orthodoxe elle-même a bien du mal à soulager. Afin d’éviter d’avoir à trancher ce débat, le Ministère de la santé a tout intérêt à cantonner l’ostéopathie dans le bien être, à laisser celle-ci se développer comme un service à la personne. Ainsi, en n’indiquant pas que les ostéopathes peuvent « ressusciter des morts » et en confiant leur exercice aux auspices de Mercure, le Ministre de la santé n’entre pas en guerre avec « Zeus ». Il ne remet pas en cause l’ « ordre cosmique », c’est à dire l’organisation de la santé. Il laisse le soin aux ostéopathes eux-mêmes de dégrader leur profession en misant sur les pratiques douteuses de certains et en limitant leur compétence par une piètre formation.

Les ostéopathes devraient s’inspirer de la mythologie. Sans aller jusqu’à pouvoir ressusciter les morts, l’Etat leur a donné un domaine de compétence extrêmement large en leur octroyant le droit de traiter les troubles fonctionnels. Qui ne présente pas un trouble fonctionnel ? Cela suscite immanquablement un mécontentement de la part de ceux qui jusqu’alors, étaient les seuls à pouvoir les prendre en charge. Cela suscite aussi l’envie de ceux qui sont déjà sous les bons auspices. Qu’est-il besoin de brader ses consultations ou de se positionner dans le bien être ! L’ostéopathie est et a toujours été une profession de santé. Plutôt que d’esquiver les difficultés, osons les affronter. Affichons nous comme des professionnels de santé et non comme des professionnels du bien être. Dotons nous d’une déontologie partagée et acceptée par un nombre suffisant d’ostéopathes exclusifs afin que celle-ci s’impose et évite les dérives qui ne vont cesser de se développer si nous ne faisons rien.

L’ostéopathie: santé ou bien être ?

3 août 2010

Le code de la santé publique doit s'ouvrir... à l'ostéopathie.

L’ostéopathie n’est pas une profession de bien être mais véritablement une profession de santé.

D’aucun lui confère même le statut de médecine. Actuellement, seules les professions de santé dont les actes sont remboursés par la sécurité sociale, sont codifiées au code de la santé publique (CSP) : quatrième partie – professions de santé. Nous pensons qu’il y a nécessité de créer un espace dans ce CSP, pour les nouvelles professions émergentes non prises en charge par la sécurité sociale, afin de les encadrer d’une manière plus responsable. Nous proposons la création d’une VIIème partie au code de la santé publique.